American Pandemonium – Benjamin Hoffmann

American-PandemoniumPublié en 2016 aux éditions Gallimard, collection L’Arpenteur

5 étoiles

Marc et Colin vivent de nos jours aux États-Unis lorsque Israël et l’Iran entrent en guerre. Irrésistiblement, le monde est pris dans un engrenage militaire aux conséquences apocalyptiques. Un bombardement frappe New York et le chaos se répand à travers le pays. Colin part à la recherche de son frère, dont il ignore s’il est encore en vie, accompagné par Marc, un auteur persuadé de tenir le sujet du grand livre qu’il n’est jamais parvenu à écrire. Leur quête les mène dans une communauté assiégée au sud de Boston puis dans les ruines de Détroit où ils sont enlevés par les bâtisseurs du Béhémoth, une machine colossale dont ils veulent faire l’instrument de leur domination sur ce qui reste des États-Unis…

« À trop parler de monstres on provoque leur surgissement et […] la fascination pour l’horreur se paye d’une livre de chair. »

« Le Pandémonium désigne la capitale imaginaire des Enfers où Satan invoque le conseil des démons. Depuis, ce mot est également utilisé pour désigner un lieu où règnent corruption, chaos et décadence. »
(Wikipédia)

C’est un peu compliqué de débuter cette chronique, j’ai peur de m’emmêler les pinceaux face à la richesse de ce roman. Une richesse en genres, tout d’abord : bien qu’on puisse le considérer principalement comme une dystopie, on échappe pas à une ambiance post-apocalyptique qui m’a rappelé La Route (je n’ai pas été étonnée de le retrouver dans les remerciements) mais aussi, étonnamment, le dernier Mad Max. Une richesse de réflexions également, mais aussi de personnages tous différents et fascinants, à commencer par l’écrivain, Marc. Je vais conclure en évoquant la richesse de styles (non, le pluriel n’est pas involontaire) de l’auteur qui a une plume magnifique.

American Pandemonium m’a happée comme un cauchemar, violent, insensé et pourtant douloureusement réaliste. La majeure partie du roman trace l’errance de Marc dans ce monde perdu : après le bombardement, il devient impossible d’obtenir des informations de la part des autres pays, plus rien ne filtre et personne ne sait ce qu’il reste des États-Unis, si toutes les villes ont subi le même sort que New York ou si des zones civilisées subsistent.  L’auteur voit ici une occasion en or de conter son expérience, allant jusqu’à se confronter à des conflits qu’il avait déjà pressenti juste pour les voir en niant tout instinct de survie.

L’effondrement de la société mène à un renversement des forces et à un déferlement de violence. Si des idéalistes croient encore à une possibilité de recréer une civilisation de partage et de respect au début du roman, leurs espoirs sont vite détruits par la peur et l’instinct de mort de leurs congénères. Chacun sa vie, chacun ses problèmes. Les êtres les plus vils sont aux premiers rangs pour façonner de petits groupes armés que Marc rejoint sans trop d’hésitation. Par la suite, il sera embauché avec Colin pour concevoir la machine de guerre la plus impressionnante qui soit : le Béhémoth. Je vais éviter de trop en révéler sur ce passage du roman qui est l’un des plus marquants, enrichi par un délire utopiste de Marc qui me restera longtemps en mémoire. 

Le roman amène à des sujets de réflexion essentiels dans la société d’aujourd’hui : le pouvoir des médias et de la fiction, le coût de la liberté, la facilité avec laquelle une démocratie peut sombrer dans une dictature, l’influence du groupe sur l’individu et le dernier, mais pas des moindres, la nature humaine. American Pandemonium vaut la peine d’être découvert car Benjamin Hoffmann lie habilement cette profonde réflexion avec une histoire aussi passionnante que violente et je regrettais de devoir mettre ma lecture en pause pour dormir, j’aurais bien volontiers dévoré tout ça d’une seule traite…

Je remercie éditions Gallimard pour m’avoir permis de découvrir ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique du 20 janvier 2016.

8 thoughts on “American Pandemonium – Benjamin Hoffmann

  1. à la page des livres says:

    Assez intéressant… mais la couverture laisse peu de suppositions. Ta chronique est très bien écrite et très bien faite. Ce roman est intrigant à la finale. Je me laisserai tenter.

    • violainewp says:

      Ah ben pour la couverture c’est la collection qui veut ça (et puis c’est pas rare chez Gallimard ). Elle sera sûrement plus fantaisiste en poche :). Il ne faut pas s’arrêter à ça car il est vraiment passionnant, j’espère que tu pourras le lire.

  2. Valentine Pumpkins says:

    Bien que la couverture ne soit pas très attirante, le résumé et ta chronique intriguent beaucoup, je le garde dans un petit coin de ma tête 😉

    • violainewp says:

      Quand je vois le nombre de fois où j’ai été déçue par une jolie couverture qui cachait un livre bofbof, je n’hésite plus tellement à tenter les couvertures minimalistes :p. Ne l’oublie pas, il est vraiment génial !

  3. topobiblioteca says:

    Tiens moi qui reproche aux récits dystopique pour ados d’être trop simple et pas assez violent celui-ci me tente beaucoup, je suis à la recherche de titres comme celui-ci plus adulte =)

    • violainewp says:

      Je leur reproche aussi ça, même si ces romans s’adressent principalement à un « jeune » public (m’enfin à 15-16 ans t’as quand même déjà vu 2/3 films d’horreur généralement) je les trouve trop proprets et formatés pour certains… du coup ça fait du bien de lire une dystopie crue et imprévisible :).

  4. Eden says:

    Bah finalement, ca me tente bien ! Ca a l’air d’être un roman riche en émotions fortes et en réflexions. De plus, les romans Gallimard sont généralement de bonne qualité, et ta chronique très enthousiaste achève de me convaincre !
    Et, je suis contente, j’ai appris un nouveau mot !
    J’en profite pour te souhaiter un bon courage pour les jours à venir !

    • violainewp says:

      C’est effectivement le parfait combo des deux, justement dosé ! J’aime bien les romans qui font vraiment réfléchir tout en ayant une intrigue travaillée. Je fais confiance à Gallimard aussi en général, j’aime particulièrement Gallimard jeunesse (ne serait-ce que pour Vango ou La Passe-Miroir… et puis Harry Potter, évidemment).
      Merci, j’en aurai bien besoin !